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Pour prolonger la Parole dans la semaine : homélie du 18 octobre
« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »



Chers frères et sœurs, nous sommes habitués à entendre cette phrase, peut-être une des plus connue des paroles du Christ, bien qu’elle soit souvent mise à toutes les sauces.

Souvent, l’expression est laïcisée et amputée de sa seconde partie (« ...et à Dieu ce qui est à Dieu »). Au quotidien, elle insiste sur la reconnaissance du mérite, de la propriété ou de la paternité d’une action à quelqu’un (« Il faut rendre à César ce qui appartient à César, c’est-à-dire à celui qui a en eu l’idée »). Sur le plan politique/institutionnel, justifiant parfois la séparation de l’Église et de l’État ou à la laïcité, elle rappelle qu’il existe un domaine politique et civique (l’impôt, les lois républicaines) et un domaine spirituel et de conscience personnelle. Elle a même pu servir pour prôner une obéissance passive et inconditionnelle à n’importe quel régime, même autoritaire.

Pourtant, dès la première lecture, dans le livre du prophète Isaïe, nous sentons que le sens d’une séparation stricte des pouvoirs politiques et de Dieu n’est pas si claire : « Ainsi parle le Seigneur à son messie, à Cyrus, qu’il a pris par la main pour lui soumettre les nations et désarmer les rois ». Cyrus ! Messie de Dieu ! Où ? Comment ? Rappelons que ce Cyrus est Cyrus II, dit Cyrus le Grand (vers 600 – 530 av. J.-C.), le fondateur du vaste Empire perse achéménide, qui s’est emparé de Babylone en 539 av. J.-C. C’est lui qui édita l’édit de libération d’Israël, alors en exil à Babylone. Cet empereur païen, Isaïe le révèle donc comme messie de Dieu, c’est-à-dire choisi par Dieu et marqué de sa bienveillance – ce qui était ordinairement réservé aux rois d’Israël -. Il est donc le ‘‘Māšîaḥ’’ à qui Dieu donne la domination des peuples alentours et et qu’Il rend capable de libéré son peuple de sa captivité. Vous voyez que nous sommes donc loin d’une stricte séparation du politique et du divin, car si Dieu est maître de toute chose, son action passe aussi par ceux et celles qui exercent le pouvoir.

Alors, comment reprendre cette phrase du Christ « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » de manière la plus juste ?

Tout d’abord souvenons-nous que les pharisiens par qui tout arrive sont venu tendre un piège à Jésus ; mis devant le double risque d’être traité de collaborateur ou de fauteur de trouble, Jésus va – comme toujours – dans le sens le plus profond du sens de la vie. Si la pièce avec laquelle on paie l’impôt, le denier de Tibère, porte bel et bien l’effigie de César-Tibère, il ne faut pas oublier qu’elle porte aussi une inscription qui dit énormément de sa prétention : « Tibère César, fils du divin Auguste, Auguste », « Grand Pontife » (c’est-à-dire souverain sacrificateur / chef de la religion romaine). César Tibère se présentait donc comme fils de dieu et grand-prêtre, ayant au final pouvoir sur tout être dans l’empire. Mais selon le livre fondateur qu’est la Genèse, l’être humain est d’abord créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Nous portons l’image de Dieu en nous !!! Et nous sommes appelés à être ses enfants bien-aimés. Si nous sommes soumis en société à des lois, des règles, des droits et des devoirs, il y a fondamentalement en chacun de nous un sens qui vient de notre origine et du but vers lequel nous allons : Dieu !

Attention, je ne justifie ici aucune théocratie, aucun fondamentalisme religieux à qui le pouvoir politique devrait allégeance : nous aurons d’ailleurs l’occasion d’en reparler au mois de novembre lors de nos rencontre paroissiales sur la doctrine sociale de l’Eglise. Et même au plus fort des persécutions religieuses des premiers siècles, les Chrétiens avaient pour consigne de prier pour l’empereur et pour tous ceux qui exerçaient le pouvoir politique : allons relire saint Paul (1 Tm 2 et Rm 13), saint Pierre (1 P 2), mais aussi saint Clément de Rome, saint Justin de Naplouse, Tertullien, Origène et tant d’autres. Eux et nous même, aujourd’hui, nous avons à prier pour ceux qui exercent le pouvoir politique, tout en nous souvenant qu’ils ne sont pas Dieu : ils sont choisis pour gouverner, appelés à promouvoir le bien commun, la juste répartition des biens, la protection des plus faibles, et donc, comme pour tous ceux qui se mettent au service, ils sont sujets de nos prières, comme l’écrivait très justement saint Théophile d’Antioche : « J’honorerai l’empereur, non pas en l’adorant, mais en priant pour lui. Je n’adore que le Dieu véritable et réel, sachant que l’empereur a été fait par lui. »

Oui, frères et sœurs : donnez la pièce de monnaie à César, mais donnez votre être, votre conscience et votre cœur à Dieu. Et si ‘César’ qui ne peut se prévaloir ni de la conscience humaine ni de la foi se prend pour Dieu, la fidélité à Dieu nous impose alors de désobéir aux lois injustes. Et comme le disait le pape Léon XIV à Paris, « Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral ». Par la prière à l’Esprit Saint et un juste travail pour éclairer notre conscience, frères et sœurs, mettons-nous tous au service du bien commun, des plus pauvres et des petits. Et rendons gloire à Dieu qui siège au-dessus de tout comme le dit le psalmiste :

Adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté :

tremblez devant lui, terre entière.

Allez dire aux nations : « Le Seigneur est roi ! »




Il gouverne les peuples avec droiture.

En résumé

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu »

Fréquemment citée et parfois déformée, cette parole du Christ résonne bien au-delà d’une simple séparation entre la sphère politique et le domaine spirituel. En s’appuyant sur les lectures de ce dimanche, nous sommes invités à approfondir la portée de cet enseignement :

  • Dieu agit à travers l’histoire : Dans le livre d’Isaïe, l’empereur païen Cyrus est qualifié de « messie » de Dieu pour la libération de son peuple. Cela nous rappelle que l’action divine peut s’exercer à travers l’action civique et politique, sans frontière stricte.
  • L’image de Dieu gravée en chacun de nous : Face au piège des pharisiens, Jésus replace le sens de la vie au centre. Si la pièce de monnaie porte l’effigie et les prétentions divines de César-Tibère, l’être humain, lui, est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Notre conscience, notre cœur et notre être appartiennent fondamentalement à Dieu.
  • Prier pour les gouvernants et exercer sa conscience : L’Église invite à prier pour ceux qui exercent l’autorité afin qu’ils promeuvent le bien commun et la protection des plus faibles, tout en rappelant que le pouvoir politique n’est pas Dieu. Si les exigences de la cité s’opposent aux critères de la justice et de la foi, notre fidélité va d’abord à Dieu, car « ce qui est légal n’est pas nécessairement moral ».
    En nous mettant au service des plus fragiles et en éclairant notre conscience sous la conduite de l’Esprit Saint, rendons à Dieu la place première qui lui revient.
Père Erwan Delahaye, curé de la paroisse
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