🕊️ Chaque année, le Carême ouvre pour les chrétiens un temps particulier. Issu du mot latin quadragesima, qui signifie « quarantième », il conduit pas à pas vers la grande fête de Pâques. Commencée le mercredi des Cendres, cette période s’étend sur quarante jours effectifs de préparation, marqués par le jeûne, la pénitence et la prière.
📖 Le chiffre quarante revêt une forte valeur symbolique dans les Écritures. Il évoque des temps d’épreuve, d’attente et de purification : les quarante jours du déluge, les quarante années du peuple d’Israël au désert, ou encore les quarante jours que le Christ passa au désert, affrontant la tentation pour demeurer fidèle à la volonté du Père. C’est à cet épisode évangélique que le Carême fait explicitement référence, comme un appel à revenir à l’essentiel et à recentrer sa vie sur Dieu.
🏛️ Dans les premiers siècles du christianisme, la célébration de Pâques était précédée d’un jeûne relativement bref, tandis que le temps pascal donnait lieu à plusieurs semaines de réjouissances. À partir du IIIᵉ siècle en Égypte, puis du IVᵉ siècle à Rome, la durée du jeûne pascal s’allonge progressivement pour atteindre six semaines. À cette époque, le Carême débutait un dimanche, quarante jours avant le Triduum Pascal.
⛪ Au VIIᵉ siècle, afin de respecter le nombre symbolique de quarante jours de jeûne effectif (les dimanches et le Triduum Pascal n’étant pas comptés) le début du Carême fut avancé au mercredi précédant le premier dimanche de Carême. Ce jour prit le nom de mercredi des Cendres. Ce choix fut officiellement confirmé pour l’ensemble de la chrétienté lors du concile de Bénévent en 1091.
🎭 Parallèlement à l’institution du Carême, se développa en Europe une tradition populaire marquant la fin de l’année ancienne et l’entrée dans une période nouvelle. Ce n’est qu’au XIIᵉ siècle que le carnaval et les jours dits « gras » furent définitivement placés juste avant le Carême, avec le Mardi gras fixé à la veille du mercredi des Cendres.
🥖 Les règles du Carême furent longtemps très strictes. Entre le VIᵉ et le XIᵉ siècle, le jeûne excluait la consommation de viande, mais aussi de produits laitiers, d’œufs, de beurre et de fromage. L’alimentation se limitait alors principalement aux poissons et aux légumes. Les exigences de pénitence concernaient également la vie sociale, avec la suspension de certaines festivités : jeux et spectacles en dehors des dimanches, etc.
📜 Au fil des siècles, ces obligations se sont progressivement assouplies, sans pour autant perdre leur sens. Le siècle des Lumières marque un tournant dans le rapport aux prescriptions religieuses, notamment en matière alimentaire. Plus récemment, le concile Vatican II (1962-1965) a rappelé que le Carême n’est pas une contrainte imposée, mais un chemin adapté aux capacités et à la situation de chacun.
✝️ Aujourd’hui, dans l’Église catholique, le jeûne et l’abstinence sont principalement observés le mercredi des Cendres et le Vendredi saint.
Le geste de l’imposition des cendres rappelle avec humilité la fragilité de la condition humaine : « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière » (Gn 3,19).
Le Vendredi saint place quant à lui les fidèles au pied de la croix, dans le silence et la contemplation de la Passion du Christ. L’abstinence de viande est également pratiquée les vendredis de Carême, selon les possibilités de chacun.
🕰️ Dans un monde où tout semble accessible rapidement, ce choix volontaire de sobriété prend une signification particulière. Il nous invite à ralentir, à accepter la durée, l’effort et la patience. Par sa longueur même et par les renoncements qu’il propose, le Carême rappelle que certaines transformations demandent du temps et de la persévérance.
🤝 Ainsi, à travers les siècles, le Carême a conservé sa finalité première : nous préparer à la Résurrection. Ce temps de dépouillement n’invite pas au repli sur soi, mais à une plus grande ouverture aux autres, par des gestes de partage, de solidarité et d’attention aux plus fragiles.
🔔 Orienté vers la joie pascale, le Carême trouve son accomplissement dans la lumière de Pâques, lorsque le silence et l’attente laissent place à l’espérance renouvelée et au chant des cloches.
Référence bibliographique : CRETIN Nadine, Fêtes de la table et traditions alimentaires, le pérégrinateur, 2015, p.37 à 39.
Illustration réalisée avec l’aide de l’intelligence artificielle.